Voici la suite de nos mésaventures
ou comment nous sommes passés du rêve à la triste désillusion
Les deux pigeons
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre.
L'un d'entre eux s'ennuyait au logis
Qu'il trouvait trop petit.
"Il nous faut de l'espace et de la lumière!"
Ils s'en allèrent à la recherche d'une autre terre
Où construire un nouveau nid.
Bientôt ils trouvèrent un verger tout fleuri.
Voilà de l'herbe bien verte et des fruitiers bien jolis!
Ils firent tout d'abord appel à un lièvre...
qui leur posa un lapin.
Sans prendre le temps de tirer les leçons de cette expérience,
Ah, jeunesse qui n'a pas de l'âge la patience,
Ils s'en allèrent étourdiment porter chez un autre animal, un rongeur,
Ce projet de construction qui leur tenait tant à coeur.
Ce nouvel animal accepta fort habilement
De s'occuper des plans des deux impatients.
Et pour prouver sa bonne volonté,
Il s'empressa même de leur faire bourse délier.
Oui, mais les mois passèrent
D'abord l'été, puis tout l'hiver,
Et rien, pas le moindre trou, pas la moindre pelle,
Ne venait entamer l'herbe de cette belle parcelle !
Le rongeur ne songeait pas à la pioche,
Mais à leur faire les poches...
Jusqu'au jour où nos folles tourterelles
Redescendirent enfin du ciel.
Prenant alors conscience de la triste réalité,
Elles ne purent que s'écrier :
AAMOI, AAMOI!
Fort heureusement, l'AAMOI les entendit.
Grâce à leurs judicieux conseils,
Les pigeons firent merveille,
Et parvinrent à sortir de cet ennui.
Nos deux oiseaux, honteux et confus,
Jurèrent, mais un peu tard, qu'on ne les y reprendrait plus.
Ils venaient enfin d'admettre pour de bon
Que les constructeurs les prenaient pour des ...
Pour des ânes, voyons...
Mais leurs mésaventures n'étaient point finies,
Car ils venaient de se découvrir de nouveaux ennemis,
Dans un voisinage qui avait pris l'habitude jusque là
De considérer leur parcelle comme une décharge à gravats.
Si finalement le rongeur
Avait reconnu de bon coeur
Qu'il n'est point aisé pour les animaux terrestres
De construire la demeure d'oiseaux célestes,
Celui-qui construisait à côté
Ne s'était point embarrassé
A creuser, à salir, à jeter.
Je n'ai point la conclusion de cette histoire,
Vous la découvrirez au fil de ces mémoires.
Espérons qu'elle ne sera pas trop noire,
Et que nos pigeons garderont espoir !!!
Par Madame Pigeonne de La Fontaine